Dont : c’est de toi... qu’on parle ? dont on parle ?

La norme grammaticale — pas toujours respectée, surtout à l’oral — n’admet qu’une seule construction indirecte. °C’est de toi dont on parle est donc contesté comme inutilement surabondant.

Il suffit d’écrire (et de dire) :

  • C’est de toi qu’on parle, ou
  • C’est toi dont on parle.

Question-Réponse

C’est de ça que je parle ou est-ce c’est de ça dont je parle ?

Normalement on a le choix entre :

  1. C’est de ça que je parle
  2. C’est ××× ça dont je parle.
    [××× correspond à l’absence de de].

On observe pourtant dans la langue orale (y compris chez ceux qui emploient un oral surveillé) une tendance à doubler la construction indirecte : C’est de ça dont je parle.

On regarde cette construction comme grammaticalement erronée. Comme l’écrit Girodet (Dictionnaire des pièges et difficultés de la langue française, Bordas, article « dont », X) :

« Ne pas employer dont après c’est de. Ne pas dire : C’est de toi °dont on parle, mais C’est de toi qu’on parle. »

L’erreur vient sans doute de l’interférence entre un gallicisme — une construction propre au français qui permet la mise en relief par C’est ... que (ou qui) — et la présence d’une construction indirecte. Le mur du fond s’est fissuré hier devient C’est le mur du fond qui s’est fissuré hier, voire (si l’on insiste sur le moment) C’est hier que le mur du fond s’est fissuré.

Quand le verbe se construit avec un complément indirect (un nom précédé d’une proposition), cette construction ne devrait apparaître qu’une fois :

  • « Monsieur l’expert, c’est du mur du fond qu’il est question. » (=Il est question... du mur du fond.), ou
  • « Monsieur l’expert, c’est le mur du fond dont il est question. »

Dans la deuxième phrase, le pronom relatif que est alors remplacé par le pronom relatif dont (approprié aux constructions indirectes). En effet, dont équivaut à de que.

Par quelque mécanisme curieux de la pensée, les locuteurs estiment nécessaire de mettre en évidence la construction indirecte dès le début (C’est du mur du fond...), mais, gênés aux entournures par une construction de phrase délicate, ils redoublent la construction indirecte de manière superfétatoire (... dont il est question).

On a dit tout à l’heure la condamnation de Girodet. Le propos est identique chez Péchoin et Dauphin (Larousse des difficultés du français) ne signalent que positivement les tournures admises :

« C’est cela dont / c’est de cela que. Les deux constructions sont également correctes : C’est cela dont j’ai besoin ; c’est de cela que j’ai besoin.

« RECOMM[andation]. Éviter en revanche de mêler les deux constructions (°c’est de cela dont). »

Bénédicte Gaillard et Jean-Pierre Colignon (Toute la grammaire, éd. Albin Michel-Magnard, 2005) suggèrent, page 102, la règle du « Jamais deux  » :

« Il faut se souvenir que de est déjà contenu dans dont. On ne peut donc utiliser à la fois de et dont dans la même construction.

« C’est ce dont il s’agit ou c’est de cela qu’il s’agit (et non °c’est de cela dont il s’agit).

Toutefois, le Bon Usage, 14e éd., 2007, §456, b, 3°) précise que :

« On continue à trouver, moins rarement que ne le disent les grammairiens, deux constructions anciennes :

« ¤ ...
« ¤ La seconde consiste dans la présence de la préposition à la fois dans le syntagme déplacé et dans les relatifs (dont, où) qui l’incluent. Cela est surtout fréquent avec dont : C’est de lui dont il s’agit (Gautier, Mlle de Maupin, IV). — C’est de dynamomètres dont le graveur a besoin (Bachelard, Droit de rêver, p. 72). — C’est toujours des yeux de Nicolas dont je me souviens (Duras, Vie tranquille, [coll. Folio], p. 137). »

Péchoin et Dauphin usent du vocable « recommandation ». Suivons-les sur ce terrain... mais fortement !

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