Diable Vauvert (au)

L’origine de au diable vauvert (ou au diable Vauvert) reste... diaboliquement mystérieuse. Naturellement, tous les Vauvert de France et de Navarre la revendiquent

L’origine de au diable vauvert (ou au diable Vauvert) reste... diaboliquement mystérieuse. Naturellement, tous les Vauvert de France et de Navarre la revendiquent, mais, même si l’on tient à une création parisienne, tout se perd dans les brumes...

Questions & débats (mai 1999)

Jacques Rouillard (11.05.1999). — Il y a un Vauvert en Camargue, c’est au bout du monde effectivement. Je me demande si l’expression [au diable Vauvert] vient de là.

Jean-Pierre Lacroux (11.05.1999). — Ce diable était parisien (enfin, banlieusard... à l’époque, et dans un coin sinistre et désolé). Si le château de Vauvert et ses « hôtes » étaient encore de ce monde, ils seraient probablement dans le jardin du Luxembourg, pas loin de la barrière d’Enfer... Pas rassurant, tout ça.

Dominique Otello (11.05.1999). — Vauvert : mot qui n’est plus usité que dans les locutions Aller au diable vauvert, C’est au diable vauvert, qui signifient :

  1. faire une longue course ;
  2. être situé dans un endroit déplaisant.

Ces deux locutions auraient leur origine dans le nom du Château de Valvert ou Vauvert qui était situé à Gentilly, près de Paris. Bâti par le roi Robert, ce château abandonné serait devenu le repaire d’une bande de mauvais sujets, qui répandaient la terreur dans le voisinage.

Selon d’autres, le château aurait été convoité par les chartreux propriétaires d’un établissement voisin, qui, pour inciter le roi Louis IX à leur en faire donation, y auraient organisé des apparitions de diables et de revenants. Primitivement le diable vauvert figurait dans d’autres locutions et y tenait le rôle principal. On trouve en effet dans Rabelais : « Je vous chicanerai en diable de Vauvert », et dans Froumenteau : « Il y a certains gentilshommes qui font le diable de Vauvert, tant sont insolents et desreiglez. » Bibliographie : Nouveau Larousse illustré en 7 volumes, environ 1900. (Environ 1900 car aucune date d’édition n’est mentionnée ; la date la plus récente trouvée dans les descriptions est 1898.)

Jean-Pierre Lacroux (12.05.1999). —) Comparez avec ce qu’écrivait Pierre Larousse (ou un des collaborateurs du Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876), qui a consacré plus de trente lignes documentées et crédibles à ce « Vauvert », et vous verrez qu’il y a un truc pas clair dans la thèse des chartreux rusés (qui est celle de Littré).

Quillet et d’autres sources situent l’affaire à l’emplacement du jardin du Luxembourg, mais d’autres vont un peu plus au sud, jusqu’à Gentilly... soit à peine deux ou trois kilomètres (sans doute moins, car à l’époque Gentilly est dans les limites du Paris d’aujourd’hui... disons en-dessous de la Santé et des Gobelins).

Sur la localisation précise, je n’ai pas d’opinion arrêtée... Sur l’origine du diable, j’ai un sentiment... Les Parisiens du Moyen Âge n’étaient guère plus cons que nous : dans leur vie quotidienne, plus que les fantômes, ils craignaient les brigands... et il y en avait dans l’Enfer et sur le sentier qui de la poterne Saint-Jacques menait à Vauvert. Il n’y a pas de monastère chartreux dans le coin avant Saint Louis... C’est ce roi qui offre les lieux aux moines. Pourquoi auraient-ils usé d’un stratagème débile pour agrandir leur domaine ? La mauvaise réputation des ruines du château du roi Robert était bien antérieure.

Problème... Ce monastère est-il celui de Gentilly (prolongez le sentier qui va de la poterne Saint-Jacques à la barrière d’Enfer, vous tombez sur le Gentilly d’hier et même, en continuant un peu, sur celui d’aujourd’hui) ? Vauvert à Gentilly ? Ou à l’emplacement du Luxembourg ? de Port-Royal ? Je n’en sais fichtre rien... Quelqu’un a une idée ? En tout cas, c’est dans le coin, et le coin n’est pas si grand que ça...

La prudence (brigands ou moines...) du Nouveau Larousse illustré se retrouve dans le Larousse du XXe siècle, mais non dans le Grand Larousse universel (1982-1986)... qui oublie les brigands... et qui en outre confond Louis IX (Saint Louis) et Louis XI (mauvaise lecture des épreuves, sans doute...), ce qui n’incite guère à le croire sur sa bonne mine (c’est pourtant le meilleur dictionnaire encyclopédique actuel, et de loin...). Quant à Maurice Rat (Dictionnaire des locutions françaises, Larousse), il semble confondre Philippe Auguste et Philippe le Bel...

[Sur la date de parution du Nouveau Larousse illustré en 7 volumes] De 1897 à 1904, selon les volumes (1 à 7), si vous avez la première édition (j’ai le numéro 00018...), car cet ouvrage a été publié et modifié (j’ai aussi le numéro 245287...) jusqu’à la parution de son successeur (Larousse du XXe siècle, 1928-1933 pour la première édition).

Commentaires

Le « Vauvert » du Gard a également été régulièrement invoqué (voir à la fin de cet article). Nous avons également reçu le courriel qui suit en juillet 2007)

Je viens de lire l’article sur l’origine de l’expression aller au diable Vauvert"

M. Otello dit que les Chartreux avaient fait apparaître le diable
dans le château de Vauvert, à Gentilly. Il est tout de même surprenant de voir des moines faire apparaître le diable, fût-ce dans un château abandonné.

En fait, l’histoire du château de Vauvert est parisienne. Le château se
situait à l’emplacement actuel de la rue Auguste Comte, au sud du jardin
du Luxembourg. Il fut construit par Robert II pour abriter sa cousine
Berthe dont il était épris. Excommunié par Grégoire V, le roi se soumit
quelque temps plus tard à l’autorité du pape et abandonna le château de Vauvert, aussitôt réoccupé par les brigands et malandrins des environs.

Les Parisiens, n’osant plus approcher le château, prêtèrent des rites
sataniques à leurs occupants. La rumeur populaire inventera alors
l’expression : Envoyer quelqu’un au diable Vauvert. En 1257, Saint
Louis accorda aux Chartreux l’enclos de Vauvert à condition qu’ils en
chassent le diable, ce qui se fit plus à coups de gourdins qu’avec force
prières. Ils bâtirent ensuite leur monastère à l’emplacement des ruines
du château et y restèrent jusqu’à la révolution.

P.-S.

Voir aussi : « au diable vauvert » sur fr-Wikipédia.

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