Devoir : dût-il, dût-elle, dussent-ils, dussent-elles...

Dût-il, dût-elle est l’équivalent de devrait-il, devrait-elle dans des tournures concessives : il était déterminé à boucler ce dossier avant la fin de la semaine, dût-il travailler quinze heures par jour.

Cet article vous présente cette tournure et les formes grammaticales utilisées.


Dût est la forme — avec accent circonflexe — que prend le verbe devoir à la troisième personne du singulier au subjonctif imparfait. Il ne faut pas la confondre avec le passé simple de l’indicatif : il/elle dut (La marquise dut partir à cinq heures.).

On peut rencontrer dût lorsqu’on applique la règle classique de concordance des temps :

Maigret, prévenu par Lucas qui venait d’arriver en auto, indiqua à ses amis qu’il lui fallait rentrer : on avait retrouvé le témoin important qu’il recherchait. Tous regrettèrent qu’il dût [doive] partir si tôt alors que la partie de campagne était à peine commencée

Dût-il peut également (et peut-être plus fréquemment) se rencontrer dans un texte (récit, article) dans un emploi concessif (la concession est le fait de... concéder une circonstance, une atténuation, un « malgré... »). Il est dans ce cas l’équivalent de devrait :

Il ne supportait plus son patron. Il était décidé à démissionner, dût-il pointer au chômage pendant six mois, ce qui vaudrait mieux que de faire vingt ans pour meurtre.

 Quelques précisions sur l’emploi concessif

On peut formuler la chose autrement :

  • ... Il était décidé à démissionner, quand bien même il devrait...
  • .. Il était décidé à démissionner, même s’il devait...

La tournure avec dût-il est ici plus littéraire, plus légère (mais on pourrait tout aussi bien avoir : devrait-il. L’inversion après virgule explique l’absence de conjonction ou locution de subordination (quand bien même, même si...).

Cette équivalence des deux formes (dût/devrait) évoque, à l’époque où la grammaire considérait le conditionnel comme un mode, ces deux formes interchangeables qu’étaient :

  • le conditionnel passé « première forme » (j’aurais dû, je serais allé) ;
  • le conditionnel passé « deuxième forme » (j’eusse dû, je fusse allé) ;

où le subjonctif plus-que-parfait est équivalent (héritage de la latinitas dans l’usage des classes cultivées) du conditionnel passé ordinaire. Une transposition qu’un mathématicien qualifierait d’homothétique conduit à faire correspondre, dans cet emploi, le subjonctif imparfait dût et le conditionnel devrait.

L’usage de dût est soit littéraire (voire « affecté »), soit plaisant... soit les deux cumulativement..

Sans remettre en cause cet usage particulier du subjonctif imparfait pour d’autres verbes, force est de reconnaître que l’usage contemporain (soutenu) se limite aux verbes devoir, avoir, être aux troisièmes personnes du singulier et du pluriel, l’emploi pluriel étant plus rare.

 Les différentes formes

Dût-il, dût-elle est donc encore courant comme fût-il, fût-elle (mais évitons le très fautif °fusse-t-il !).

D’autres formes sont-utilisées. Elles sont présentées ici dans leur forme inversée telle qu’on la rencontre dans les textes (la 2e personne du singulier existe mais est inusitée) :

Personne Singulier Pluriel
1re dussé-je / dussè-je [1] dussions-nous
2e (inusité dans ce cas) dussiez-vous
3e dût-il / dût-elle dussent-ils / dussent-elles

Notes

[1Rectifications orthographiques de 1990.

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