De pierre ou en pierre ?

La construction du complément de nom, lorsqu’il indique la matière, peut donner lieu à des hésitations. Faut-il dire et écrire une maison de pierre ou une maison en pierre. En fait, les deux sont possibles... à quelques nuances près.

 Question

Je corrige actuellement un texte dans lequel revient régulièrement :
la maison de pierre, un perron de pierre.

Cela vous semble-t-il correct ? Ne faut-il pas remplacer de par en :
une maison en pierre... ?

 Réponse

Grevisse et Goose autorisent les deux prépositions, comme l’indique le Bon Usage (15e édition, 2011, § 355 : « Observations diverses sur la construction du complément du nom ») :

Le complément indiquant la matière s’introduit par de, selon la tradition classique, ou par en, emploi plus récent, d’abord contesté, mais pleinement passé dans l’usage et accepté par l’Ac[adémie française]. depuis 1992, art[icle] en [...]

Voici plus précisément ce que note l’Académie française dans la 9e édition (1992) de son célèbre Dictionnaire à l’article en (III, B) :

B. Complément de nom servant à caractériser
1. La forme, l’apparence. Christ en majesté. Portrait en pied. Fenêtre en ogive. Construction en pyramide.[...] L’homme en société.

2. La matière. Une dent, une montre en or, en acier. Une table en marbre. Une figure en glaise. Un manteau en laine. (Il y a concurrence entre en et de dans ce domaine. En indique plus nettement la matière, mais se prête moins à des emplois figurés.) • Le domaine, le point de vue. Graveur en médailles, peintre en miniatures. Docteur en médecine, en droit. Spécialiste en électronique.

3. On peut ajouter à ces compléments ceux qui donnent une précision supplémentaire. Général en chef. Commandant en chef, en second. La récolte en blé, en vin. De façon analogue, certains adjectifs se construisent avec la préposition en. Abondant en fruits. Chiche en paroles. Fécond en imagination. Fertile en inventions. Fort en thème. Nul en mathématiques.

Grevisse notait des exemples d’usage de en chez Stendhal (Un magnifique buste en marbre du cardinal de Richelieu, Victor Hugo (Armoire en noyer) ou encore Balzac (Un méchant ameublement composé de rideaux en calicot jaune, de fauteuils en bois verni).

Le débat est en fait derrière nous. Au XIXe siècle,Émile Littré y faisait référence déjà comme quelque chose de dépassé et notait que si l’Académie alors semblait tenir pour un usage exclusif de de, l’usage de la préposition en pour désigner la matière était entré dans l’usage et que, de surcroît, on en trouvait des exemples chez Voltaire et même chez Montaigne (en marbre) ce qui réglait la question. « Littré s’y résignait déjà », écrit le Bon Usage : il suffit de se reporter à la partie « remarque » à la fin de l’article « en » du Dictionnaire de Littré.

D’ailleurs, le Bon Usage souligne que si la 8e édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932) [1] ne mentionne pas l’usage dans l’article « en », on en trouve ailleurs quelques emplois comme à l’article « chemise » dont l’Académie donnait alors cette définition : Vêtement en linge ou en laine qu’on porte sur la chair.

La position de Grevisse n’est d’ailleurs pas nouvelle. Dès la 4e édition (la 1re était de 1936, mais nous ne disposons pas de version antérieure à celle de 1949), il notait (§ 934, 8 : « Table en marbre ») :

Le complément déterminatif indiqaunt la matière dont une chose est faite s’introduit bien par de : Table de marbre (Ac[démie]. — Une tabatière d’or Id[em].
Selon certains puristes, le tour table en marbre est incorrect ou du moins familier. Il n’est pas douteux que ce tour (qui date du XVIe s[iècle]) est pleinement passé dans l’usage.

Grevisse citation quelques cas d’auteurs repris souvent dans les éditions suivantes... dont des académiciens (comme Maurois).

 Attention à quelques cas particuliers

Grevisse et Goose rappellent que de reste utilisé seul dans certains syntagmes figés (des chevaux de bois[[Mais il est d’autres expressions où en est présent : une montre en or) ou — comme le fait l’Académie qu e nous avons citée — des les emplois au sens figuré (un cœur de pierre ; la médaille d’or ou d’argent ; une santé de fer).

Notes

[1La 9e édition est en cours de publication depuis 1992.

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