Contre-auxiliaire

Ouvreur : Alain Zalmanski (14-11-2002)

Mise en ligne : 15 février 2003

Il m’a toujours semblé que la concurrence entre les auxiliaires être et avoir était inopportune et dans un but égalitaire je propose la généralisation du double auxiliaire : chaque verbe peut et doit être utilisé avec les deux auxiliaires en fonction du contexte sémantique.

Les cas préexistants ne manquent pas :

  • Je suis épaulé, j’ai épaulé
  • Tu es inquiété, tu as inquiété
  • Il a mangé , il est mangé
  • Nous avons marié, nous sommes mariés
  • Vous avez perdu, vous êtes perdus
  • Ils ont tordu, ils sont tordus
  • J’avais sucé, j’étais sucé
  • J’aurai vaincu, je serai vaincu

Règle 1. — Désormais, on utilisera l’auxiliaire être en place d’avoir ou vice versa lorsque l’on voudra insister ou mettre en valeur l’action en cours, comme si on ajoutait par exemple vraiment ou beaucoup :

J’avais si soif que je serais bu huit pintes. (P. Delerm, La première gorgée de bière, L’Arpenteur (1999) ;

Tu es habité Rabat, s’étonna sa compagne qui revint familièrement au temps présent (La vie sexuelle de Catherine M.) ;

Le déluge a survenu : il est plu 40 jours (Bertrand de la Noé, Manuel de construction d’arche, à paraître)

Règle 2. — Les verbes de changement d’état intransitifs se conjugueront avec l’auxiliaire avoir comme le préconisait à l’origine Littré :

  • Je lui demande quand le lièvre a parti ;
  • il a resté hier à son terrier ;
  • il a sorti ce matin.

Ce qui permettra de différencier l’enfant est tombé [il est par terre] de l’enfant a tombé [tout à l’heure] et redonnera aux textes académiques leur jeunesse :

En cette année il a tombé tant d’eau (É. Henriot, le Livre de mon père, p. 156) ;

Par sa mort, il a rentré dans l’ordre (É. Faguet, Initiation philosophique, p. 111).

Note. — On s’attachera particulièrement aux temps surcomposés qui cumulent les deux règles (a).

  • Quand j’ai eu été nommé devenant Quand je suis eu nommé  ;
  • J’avais été renversé devenant Je suis eu eu renversé.

Règle 3. — Après une longue prédominance, quasi impérialiste de l’auxiliaire être, tous les verbes pronominaux se conjugueront avec l’auxiliaire avoir. Le verbe être de la forme passive subira le même sort. Les passés deviennent ainsi invariables ce qui évite les querelles d’experts sur le sujet.

Les oiseaux s’ayant tu, les poules s’ont couché
Et la pluie fine enfin s’a fini de cracher
(Jean Aycard, Brumes et Vents) ;

Je m’ai fait mal, dit la fourmi
Qui aussitôt s’a évanoui
(Florian, Fables)

Après s’avoir lavé, après s’avoir aimé
Ils se* ont endormi, l’amour s’ayant clamé
(Paul Géraldy, Elle et Lui, p. 96).

* Licence poétique : l’hiatus permet de compléter l’hémistiche (NDLR)

(a) La contribution d’Alain Zalmanski a été publiée initialement dans le forum fr.lettres.langue.francaise le 14 novembre 2002. Vincent Ramos, le même jour, y publia cette remarque à propos de la formule : On s’attachera particulièrement aux temps surcomposés qui cumulent les deux règles.

Et aux temps potentiels :

  • Surj. : que je fussusse eu nommé ; ;
  • Surj. : que je fussusse eussu (forme de surparticipe passé) eu renversé.

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