Contracter une blessure ?

Peut-on contracter une blessure comme une maladie ? Telle était la question posée par un correspondant qui s’étonnait d’un usage « absolu » dans le vocabulaire du journalisme sportif.

Question

La presse écrite m’interroge. Je lis de plus en plus souvent dans certains articles, « ... contracté une blessure... ». Je comprends, lorsque je lis « contracté une maladie, un virus ». Mais une blessure me paraît faux. Mon entourage ne me donne pas raison.
Je m’en remet à vous.

Réponse

S’il est vrai que les dictionnaires (y compris le Robert historique s’en tiennent à « contracter une maladie », ce verbe renferme l’idée de « faire venir ». De là découle l’idée ou le fait de contracter une mauvaise habitude, un accent, une maladie. C’est l’équivalent d’attraper.

Évidemment, dans les cas courants, on ne fait pas °venir une blessure : on se blesse, tout simplement. Il y a une tendance à l’emphase journalistique, aux circonlocutions passe-partout et à un tic (hélas partagé !) de la langage. Mais, si l’on fait référence à la presse, on évoque des sportifs de haut niveau qui, dans des circonstances particulières, en raison d’un choc ou du fait d’avoir abusé de leur organisme, ont fait advenir ou subi une blessure.

L’idée de faire (ad)venir une blessure peut expliquer ou justifier l’emploi de contracter. Encore faut-il qu’il y ait au moins une précision :

  • elle a contracté une blessure musculaire, à une articulation... ;
  • il a contracté une blessure lors d’un entraînement, à la première mi-temps du mach...
  • il a contracté une blessure musculaire lors des huitièmes de finale combinaison des précisions

La blessure peut d’ailleurs, comme pour une maladie contagieuse, être le fait d’autrui, ce qui nous conduit à un rapprochement avec les conflits armés. Dans un contexte militaire, l’emploi de contracter pour une blessure peut apparaître logique. C’est moins, au moins dans l’expression, l’emplacement, la nature ou la gravité de la blessure qui jouent que le fait qu’elle est caractérisée par son statut : Il avait contracté plusieurs blessures pendant la guerre de 14-18. Cela peut expliquer ensuite que l’intéressé était handicapé ou qu’il avait obtenu la Croix de guerre (l’un et l’autre n’étant d’ailleurs pas incompatibles).

Les sports, notamment les sports d’équipes, empruntent des éléments aux représentations militaires (combat, capitaine, offensive, défense...). La contextualisation "sportive" peut expliquer un glissement de ce type : La blessure qu’il a contractée au match aller a privé son équipe d’un indispensable attaquant/défenseur.

Mais je reconnais avec vous que dire : « Il s’est blessé à l’entraînement (ou à la 63e minute) » serait beaucoup plus exact... et ramassé. De même qu’il serait plus exact d’écrire ou de dire :

Après le tacle irrégulier de Dupont, Dugenou a ressenti une violente douleur en raison d’un arrachement des ligaments.

ou :

La blessure au genou contractée par Untel lors du match aller l’a empêcher de participer au match retour où sa présence aurait pu éviter la défaite.

.

Lien : « Contracter » sur le site du CNRTL (choisir le 2e onglet)

P.-S.

Il y a deux verbes contracter, à la foi homonymes et homophones, de sens différent : passer un contrat ou une convention ; resserrer.

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)