Commentaires sur l’accord du participe passé

Les règles complexes régissant l’accord ou le non accord du participe passé ont fait l’objet de maints commentaires critiques émanent des meilleurs spécialistes de la langue française.

Joseph Hanse

« [...] Le raffinement et la complexité des règles, parfois contradictoires, et les divergences ou les hésitations de l’usage, non seulement oral mais écrit, justifient encore la remarque de Vaugelas, disant à propos de l’accord des participes passés : En toute la grammaire française, il n’y a rien de plus important, ni de plus ignoré. Il s’expliquait : de plus en plus important, à cause de la fréquence des emplois, de plus en plus ignoré, parce qu’une infinité de gens y manquent. »Deux siècles plus tard, Bescherelle écrit dans sa Grammaire nationale, au moment où il aborde cette question : Nos auteurs ont fait et font encore aujourd’hui varier ce participe dans certains cas, tandis qu’ils le laissent invariable dans d’autres. De là les difficultés assez grandes qu’offre la syntaxe de cette partie importante du discours. On a écrit sur ce sujet des traités spéciaux ; on a rempli des volumes entiers de règles, d’exceptions, d’exemples et d’applications et, avec tout cet attirail de science, comme le dit l’Encyclopédie moderne, on a embrouillé une matière fort simple ; on en a fait la torture de l’enfance, l’épouvantail des jeunes personnes et le désespoir des étrangers.

"Les grammairiens du XXe siècle, même quand il se soumettent aux règles, regrettent l’importance qu’elles ont prise et constatent leur fragilité ou leur gratuité. Plutôt que de citer Ferdinand Brunot ou Marcel Cohen ou d’autres, notons ces soupirs d’André Thérive dans Clinique du langage : Hélas ! Quand on touche au vieil accord des participes passés, on se fait aussitôt accuser de sacrilège grammatical (p. 255). L’accord des participes passés est ordonné non par des convenances profondes, mais par une tradition universitaire (p. 256). Ainsi donc on pourrait soutenir que l’accord du participe ne sert à rien, ne plaît à personne et gêne tout le monde (p. 260). Il a beau jeu de noter le divorce secret entre la langue écrite et la langue vivante (p. 258).

« Précisons : si l’on confronte les règles et la langue parlée, ce divorce est patent. Il l’est même entre l’usage écrit et certaines règles que l’enseignement a fini par vouloir imposer, mais qui sont loin d’être observées par tous les bons écrivains soucieux d’écrire correctement ou par l’usage spontané d’un très grand nombre de gens cultivés témoignant du même souci."

Joseph Hanse,
article « participe passé »,
Nouveau Dictionnaire des Difficultés du Français moderne
(3e édition, 1994, p. 636 et suiv.)

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