Clore et clôturer

« Clôturer » (une réunion, une séance...) est condamné par les puristes qui préfèrent « clore ». Pourtant, si on ne « clôture » pas une barrière (on clôture un espace en posant cette même barrière), on peut en revanche « clôturer un compte, une séance, des débats », comme le relevait déjà Littré au XIXe siècle.

Question-réponse

Doit-on écrire : « Vous entendiez terminer cette affaire et CLORE le dossier avant les vacances » ou bien « ... et CLÔTURER le dossier... » ?

C’est possible en français moderne courant, mais l’emploi de clôturer dans un autre sens que « poser une clôture » n’est pas souhaitable du point de vue de la norme si l’on suit l’Académie et les puristes.

La difficulté vient pourtant du fait que clore est non seulement irrégulier, mais défectif. Or clôturer, un verbe régulier du premier groupe, existant à tous les modes et tous les temps) est plus simple d’emploi.

Girodet essaie de contourner l’obstacle :

« On évitera d’employer cloturer au lieu de clore dans les sens figurés : clore un compte, clore un débat, clore une séance (plutôt que clôturer un compte, etc.). — Quand clore est inusité à un temps, tourner autrement : On arrêta le compte (plutôt que on clôtura le compte. Le président prononça la clôture de la séance (plutôt que clôtura la séance). Un feu d’artifice termina la fête (plutôt que clôtura la fête). »

Grevisse et Goosse atténuent cependant la portée de la critique puriste (Bon Usage, 14e éd., 2007) :

« Clôturer, rival de clore (devenu rare et défectif : § 878, 10), est accepté par l’Ac. 2001 au sens d’« entourer d’une clôture, enclore », mais rejeté explicitement au sens de « terminer » (un débat, une séance, un congrès). Plus libéral, Littré acceptait clôturer un compte, un inventaire et clôturer les débats. Ces emplois paraissent solidement installés dans l’usage, même littéraire : La première partie [du spectacle] fut clôturée par une fort belle passe d’armes entre Jacques Rival et le fameux professeur belge Lebègue (Maupass[ant], cit. Grand Lar. langue). — Eussent-ils […] suivi la retraite pascale qui fut clôturée par leur archevêque ? (Mauriac, Journal, t. V, p. 122.) — Il [= un concerto] clôturait sur une note funèbre une manifestation qui […] (P.-H. Simon, Hist. d’un bonheur, p. 209). — L’instruction a été clôturée (M. Thiry, Nouvelles du Grand Possible, p. 144).

« Mais il n’est pas recommandé de se servir de clôturer simplement au sens de fermer : °Il s’aperçut que je le voyais et aussitôt clôtura hermétiquement le grillage qu’il avait laissé entr’ouvert (Proust, Rech., t. II, p. 339). »

Déjà, dans la 11e édition du Bon Usage (1980, § 1694), Grevisse écrivait :

On dit « clore une discussion, un débat, une séance, un congrès, etc. ». À côté de clore, dans de telles expressions, un certain usage (critiqué à tort par les puristes et par l’Académie dans sa mise en garde du 5 novembre 1964) admet clôturer. Puisque l’Académie dit bien « la clôture d’une session, la clôture des débats dans une affaire criminelle, la clôture d’une discussion parlementaire », pourquoi n’emploierait-on pas clôturer avec les mêmes compléments, d’autant que la conjugaison de clôturer est plus facile que celle de clore ? » [Suivent certains des exemples cités plus haut.]

« 1 Déclarer terminé, clos > achever, clore, terminer. Clôturer un compte > solder. Clôturer les débats, la discussion. Clôturer la séance > lever. ¤ 2 Fermer par une clôture.

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