Arrobe (arobe, arobase, @)

Largement connu depuis qu’il a été choisi comme séparateur entre le nom et le serveur d’adresses électroniques, le signe @ a pour nom officiel arrobe. Quant à la manière dont il se prononce, elle connaît bien des variations. Nous tenons pour arrobe ou arobase.

Il faut bien distinguer le nom du signe et la manière dont on le prononce : la lettre Y a pour nom « i grec », mais ne se prononce jamais ainsi. Le signe « @ » a pour nom arrobe ou arobe : c’est ce qu’on trouve dans la norme Unicode mais aussi dans les dictionnaires courants.On trouve aussi arobase (qui a un certain succès dans les gosiers français), arobace, arobas, mais aussi a commercial, sans doute en raison de l’emploi américain de ce signe pour désigner un prix unitaire (« @ $1 »=à un dollar). En France, le service des archives départementales de la Mayenne en a trouvé un emploi comme abréviation d’aune dans des documents du XVIIIe siècle.

Utilisé dans une adresse électronique, il précède le nom du fournisseur d’accès. On peut le lire chez : c’est pourquoi les Anglo-Saxons, très logiquement dans leur langue le prononcent at (=chez). En France, cela semble moins évident (essayez d’ailleurs de dire languefrancaise « chez »... chez.com. De surcroît, nous sommes gênés par ce signe, longtemps inusité dans le langage courant. En dictant l’adresse toto @ glop.net, on dira plus souvent toto « arobase » glop point net (ce qui vaut mieux que l’aberrant toto « at » glop point net (tant qu’on y est, faudrait être logique... et dire toto « at » glop « dot » net, non ?).

Questions et débats (forum f.l.l.f. en novembre 1998)

Alain Pierrot (12 Nov 1998). — Qui saurait dire le nom (et son etymologie) du glyphe @ ?

Jean-Pierre Lacroux . — Arobe (ou arrobe), terme français depuis un demi-millénaire... de l’espagnol arroba (ancienne mesure de poids), de l’arabe ar-roub (le quart). Toutes les autres formes (arrobas, arrobace, arobase, etc.) sont des fumisteries (retenues néanmoins par des dictionnaires d’usage courant). Il s’agit bien entendu du « nom ... Quant à la façon de lire ce signe, c’est une autre affaire... Voir les archives de la liste Typographie et celles de F[rance]-L[angue] [1].

Didier Bertrand (12 Nov 1998). — Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Dire qu’arobe est un terme français est une chose, mais expliquer pourquoi le nom de cette mesure de poids, jusqu’ici très exotique même s’il est entériné par les dictionnaires, s’appliquerait au glyphe @ en est une autre. L’explication la plus convaincante que j’ai lue dans un très bon site canadien - mais il faut avouer qu’il y a beaucoup de mystère dans cette histoire - fait venir « arobas » d’un jargon de typographe pour « a rond, bas de casse », le bas de casse étant bien connu des typos et de vous, donc. Sous toutes réserves.

Jean-Pierre Lacroux (12 Nov 1998). — Certes... mais il y a des preuves... Consultez d’anciens catalogues de caractères ou de vieux manuels de typo : avec un peu de chance, vous y découvrirez (par exemple dans le Dumont) ce fameux glyphe... tel qu’en lui-même l’électricité ne l’a pas changé... et en légende : « arrobe, poids espagnol ». Mieux, vous y verrez son frère, un « R bdc ital » dans une boucle identique... et en légende : « réal »... Quand je pense que certains ont « déposé » le prétendu « e robace »... À pleurer...

[À propos du passage suivant de l’intervention précédente : L’explication la plus convaincante que j’ai lue dans un très bon site canadien - mais il faut avouer qu’il y a beaucoup de mystère dans cette histoire - fait venir « arobas » d’un jargon de typographe pour « a rond, bas de casse », le bas de casse étant bien connu des typos et de vous, donc. Sous toutes réserves.]

Non, non... ça c’est n’importe quoi... C’est précisément parce que les typos savaient ce qu’était le bas de casse que ça ne tient pas la route. En outre, « a rond » n’a jamais fait partie de leur vocabulaire... Et d’ailleurs... les anciens typos français... ils auraient employé cet « arobas » pour représenter quoi, sinon l’arrobe ? Re-non-non... Ou alors, il faut envisager que ce sont les anciens typos québécois (eux, savaient ce qu’était devenu ce symbole dans le monde anglo-saxon et spécialement en Amérique du Nord...) qui ont créé ce mot-valise... Or, il n’est pas envisageable qu’un terme de jargon des typos québécois ait par miraculeuse coïncidence correspondu exactement au nom d’une unité de mesure espagnole représentée par le même signe chez les typos français ou belges !

Re-re-non-non... La seule autre piste qui vaille la peine d’être explorée (mais elle n’explique en rien le nom « arrobas »...), c’est celle de l’abréviation latine de ad... Elle est « sérieuse »... Elle est je crois privilégiée par les Américains, qui depuis longtemps utilisent le signe « @ » pour signifier at [à], y compris sur les étals (prix)... Il est vrai que, pour les descendants des frères Pilgrim, une origine latine c’est plus smart qu’une origine latino... Mais là, les preuves de filiation graphique directe font cruellement défaut... Ce qui est certain, c’est que ces deux pistes se croisent. Quand et à la suite de quelle « confusion » ? Je l’ignore, hélas...

À dire vrai, cet aspect de la question n’est guère important... car demeure l’essentiel, qui en français n’est pas de « nommer » (c’est fait...) mais de lire... Et on lit quoi quand il s’agit de transmettre oralement une adresse ? « À », « at », « chez », « petit rond à la con », « escargot débile », « [arob] », « arro-beuh », « arrobasque » ou basse : comme tu veux tu choises »... Je suis allé jusqu’à « arrobe », enfin « à commercial » si vous préférez, ou « at »... , mais maintenant je m’en tiens à arrobe, après tout, que je reçoive du courrier ou non, je m’en tape... et, pour le boulot, je bosse avec des gens qui (en principe...) devraient savoir ce qu’est aujourd’hui l’arrobe (sinon, je gueule et, juste retour des choses, je les traite de tous les noms.).

Julien Cassaigne (15 Nov 1998). — Pourtant, quand on voit le mot ad dans un manuscrit latin ancien, la ressemblance est frappante !

Jean-Pierre Lacroux (18 Nov 1998). — Oui, il y a une ressemblance. Mieux, en dépit d’une sacrée faille dans l’espace-temps, l’abréviation de l’anglais « at » trouve son origine dans l’abréviation du latin « ad ». Mais la discussion [...] portait sur le nom de l’arrobe... Et là, pas le moindre doute, c’est l’unité de mesure espagnole, en français « arrobe »... dont le symbole était @... Je maintiens que « l’arrobas », « l’arobace » ou « l’arobasque » (parmi d’autres « variantes » toutes dérivées du pluriel...) sont aussi fins que le seraient « le dollars » ou « le dollarse » pour désigner le symbole « $ ». Quant au a rond bas de casse, c’est une mauvaise blague.


Patrick Andries (24 Nov 1998). — Jean-Pierre Lacroux écrivit beaucoup de choses tout à fait exactes sur l’ar(r)obe. En plus des archives de France_Langue, voici un autre pointeur.

Je signale également que le nom OFFICIEL proposé pour « @ » dans la norme fondamentale qu’est l’ISO 10646 (± Unicode) — le jeu de caractères « natif » de Windows NT et donc de Windows 2000 — est : « 0040 @ ARROBE ». Voir http://alis.isoc.org/codage/iso1064....

Extrait de message sur typo-L. [liste de diffusion consacrée à la typographie] : D’après l’Oxford English Dictionary, le plus utile complément des meilleurs dictionnaires français, arroba (ainsi orthographié) est attesté en anglais dès 1598 (dans un récit de voyage aux Indes). Ce dictionnaire donne plusieurs autres variantes attestées (aroba, arobe, etc). L’arroba est défini comme une unité de mesure utilisée en Espagne, au Portugal et in Spanish America.

Nulle part n’est fait mention du signe « @ ». En revanche, dans l’Enciclopedia universal ilustrada europo-americana en 70 volumes de 1600 pages chacun, plus 19 volumes de suppléments (éditée à Barcelone en 1909), on trouve (vol. VI, p. 652) :

Arroba, *** F[rançais] arobe, **** [...] Metrol. Unidad de peso en el antiguo sistema de pesas y medidas de Castilla. Se indica par la abreviatura @. [L’Oxford Engl. Dict. précise que cette unité n’a plus de valeur officielle depuis que l’Espagne a adopté le système métrique français, en 1859.]

Michel Guillou (12 Nov 1998). — Extrait du remarquable Lexique des termes employés sur Usenet des compères Éric Demeester et Éric Liger :

« @ (Arobace ou « a commercial ») [Tech] [Ang] At. Caractère employé dans les adresses électroniques pour lier le nom du propriétaire du compte au nom du serveur qui l’héberge. Ce signe peut s’interpréter comme « chez » ou « hébergé par » ou « à ». »

Extrait de "Codage des caractères : de l’ASCII à UNICODE et ISO/IEC-10646 de André/Goossens, cahier Gutenberg #20 :

« A commercial @ : [...] Comme le &, ce caractère est aussi issu des chancelleries ; c’est la ligature latine ad (à en français) où le a et le d cursifs de l’onciale ont fini par se confondre. Ce caractère n’est utilisé, aux USA, qu’en comptabilité pour indiquer les prix unitaires : ainsi deux livres à 1 dollar pièce s’écrit dans une facture 2 books @ $ 1. »

Le nom français [...] selon l’AFNOR [...] est « a commercial ». [...on trouve aussi] a-rabesque, a-rondi, a roulé, a-arrondi. [...] dans les milieux universitaires, c’est « arobas ». Ce mot vient d’une confusion avec le symbole d’une unité de poids espagnol (arroba, poids de 25 livres espagnoles, soit 11,502 kg, dont le vrai nom français est arobe selon le Robert).

Le terme arroba est lui-même emprunté à l’arabe. En arabe dialectal, ar’ba signifie quatre, et cet héritage devient clair lorsqu’un espagnol ou un français entend un arabophone le prononcer. Cela donne : a ouvert vite prononcé, r nettement roulé stoppé, un b peu marqué, un a ouvert ou non, prolongé ou non. le rrrb crée un o, pour nous !

Note de l’éditeur : cette question continue à agiter régulièrement (mais calmement) le forum).

Compléments et curiosités

a) Sur la Toile

  • Voir aussi sur fr.Wikipédia : Arrobe.
  • Appellations de la norme Unicode : voir les liens indiqués ci-dessus par Patrick Andries ainsi que cette page. Voir aussi dans les Cahiers Gutenberg, Jacques ANDRÉ et Michel GOOSSENS, « Codage des caractères et multi-linguisme : de l’ASCII à UNICODE et ISO/IEC-10646 », Cahiers Gutenberg n°20 (mai 1995), téléchargeables aux formats PDF, postscript
  • Archives départementales de la Mayenne .— L’arrobe, comme me l’a signalé Joël Surcouf, figure dans les archives commerciales de l’Ancien Régime. En Mayenne, elle a été trouvée, par les archives départementales, dans des documents du XVIIIe siècle relatifs au commerce des toiles, pour abréger le mot aune (unité de mesure valant environ 1,20 m). On pourra en voir deux exemples (fac-similés et transcriptions) sur cette page. En cliquant sur les reproductions d’images, on peut voir celles-ci agrandies.
  • L’@ et la gidouille du Père Ubu. — Comment ne pas voir le rapport entre l’@ et la célèbre gidouille d’Ubu ? L’éditeur du site http://www.fatrazie.com nous l’avait fait remarquer : on peut s’en convaincre davantage encore en regardant ces plaques de l’ordre de la Grande Gidouille.

b) Dans les dictionnaires et autres ouvrages

  • Mots en forme (Éric ANGELINI et Daniel LEHMAN, éd. Quintette, p. 191). Les auteurs relèvent six variantes graphiques : « AROBAS (le signe @), arobase, arrobas, arrobase, arrobe, arobe. »
  • Larousse des noms communs (Version Bibliorom Larousse sur cédérom, 1997) : « Arrobe ou arobe nom féminin — Ancienne mesure de capacité (variant de 10 à 15 l) et de poids (de 12 à 15 kg) encore en usage dans les pays ibériques. » (Pas d’entrée pour arobase, arobace, etc.)
  • Le Petit Robert (éd. 1993) : « Arrobe ou arobe n. f. — 1555. esp. arroba, ar. ar-roub le quart Mesure espagnole de poids valant ordinairement 12,780 kg. » (Pas d’entrée pour arobase, arobace, etc.)
  • Littré : « ARROBE (a-ro-b’), s[ubstantif] f[éminin] — Mesure de poids usitée dans les possessions d’Espagne et de Portugal. L’arrobe est de 11 kilog. 500. ÉTYMOLOGIE : Espagn. et portug. arroba, de l’arabe al reba’a, le quart, de l’article al, le, et de reba’a, quatrième, de arba’a, quatre, parce que l’arrobe est le quart du quintal espagnol. SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE : ARROBE. Ajoutez : - REM. La capacité n’en est pas la même partout : à Cadix, l’arrobe contient 16 litres environ ; en outre, l’arrobe d’huile n’est pas la même que celle de vin. » (Pas d’entrée pour arobe, arobase, arobace, etc.)

Notes

[1France-Langue était une liste de diffusion qui a disparu depuis plusieurs années.

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