Agenda (ordre du jour) : anglicisme condamnable ?

Sous l’influence de l’anglais, « agenda » est employé dans le sens d’« ordre du jour ». L’emploi de cet anglicisme est contesté par certains, mais n’est pas jugé illogique par d’autres.

Débats en mars 1999

« Alain D. » (21/03/1999). — Un agenda est tout simplement un carnet contenant une page pour chaque jour, où l’on inscrit ce que l’on doit faire, etc., comme le rappelle aussi bien le Petit Robert que le Robert historique. Et ce n’est rien d’autre. Évidemment, en anglais, agenda signifie autre chose, à savoir emploi du temps ou ordre du jour. C’est sans doute pour cela que la presse, y compris Le Monde, utilise ce mot dans son acception néo-française...

Clément-Noël Douady ( 21/03/1999). — Je vois les choses autrement : agenda me semble venir du latin, et signifier « [les choses] à faire » (sur la forme du fameux Carthago delenda est, « Carthage est à détruire », appliquée au verbe agere, qui a donné agir). Ce n’est que par métaphore que le mot dénomme le carnet ou s’inscrivent les « [choses] à faire ». Employer le terme agenda pour emploi du temps, temps disponible parmi les autres choses à faire déjà programmées, c’est soit une nouvelle métaphore (en miroir), soit simplement le retour au sens latin initial. Ici encore l’arbre anglophone ne nous cacherait-il pas la forêt latine, et la richesse de notre fonctionnement linguistique ?

  • Luc Bentz (21/03/1999). — Nous avons conservé le nom agenda pour le carnet (daté). L’expression revient comme la liste (de ce qui est porté sur l’agenda !). Un peu le coup du bureau (le tissu de bure qui couvrait le meuble, puis le meuble, puis la pièce, puis l’organisme...). Finalement, un coup de boomerang étymologique... qui ramène à la valeur d’origine.
  • Pierre Hallet ( 25/03/1999). — Le sens choses à faire s’ajoute pour moi au sens de carnet de choses à faire, plutôt que de vouloir l’éliminer : extension plutôt que lutte à un seul vainqueur. Mais nous sommes d’accord : qui vivra verra... Les locuteurs décideront, et il sera intéressant de voir ce qu’ils choisiront.
  • Philippe Bertran (28/03/1999). — C’est là tout le problème de l’évolution de la langue. L’emploi d’une nouvelle tournure, d’une nouvelle prononciation ou d’une acception nouvelle d’un mot est le plus souvent critiquable au départ. Il arrive qu’il cesse de lui-même. Il peut aussi venir un moment où cet emploi est tellement répandu qu’il s’impose comme une nouvelle norme, après une période plus ou moins longue au cours de laquelle les grammairiens et les lexicographes sont de plus en plus nombreux à l’admettre. Pendant cette période intermédiaire qui peut durer très longtemps, il est difficile, voire impossible, de dire si l’emploi en question est fautif, ce qui ne nous empêchera pas de continuer à nous empoigner amicalement sur ce forum sur des sujets comme agenda.

Débats en novembre 1999

Alain D. (16/11/1999). — Le Monde du 16 novembre, page 2 :

...et à quatre jours de l’échéance que se sont fixée les émissaires des 135 membres de l’OMC pour se mettre d’accord sur l’agenda des négociations, c’est-à-dire les sujets mis à l’ordre du jour...

Voilà un exemple fort parlant de la dérive à laquelle nous assistons aujourd’hui en France. L’agenda anglo-saxon, dans cette acception, se dit et s’est toujours dit en français ordre du jour. Le rédacteur s’est cru obligé d’utiliser le terme étranger, parce qu’il est dans l’air du temps (journalistique), parce qu’il est employé sur place à Seattle, et puis, peut-être parce qu’il s’agit du Monde, a dû se dire qu’il était nécessaire de le « traduire » en français. Mais alors pourquoi employer ce terme étranger ? Résultat, huit mots inutiles dans cette dépêche (avait-il besoin de faire du remplissage ?) et surtout un coin supplémentaire enfoncé dans ce qui reste de la langue française, sommée impérativement de se mettre au goût du jour. Navrant.

Clément-Noël Douady (17/11/1999). — Pour moi agenda vient du latin (les choses « à faire »). Étranger certes, mais ultra-montain et non perfidement albionique. Quand à la nuance entre l’usage français (« les choses à faire » telles qu’elles sont écrites jour par jour et heure par heure sur mon inséparable petit carnet) et le sens de la dépêche du Monde (« les choses à faire » telles qu’elles sont convenues jour par jour et heure par heure pendant les négociations) ne me paraît pas digne de faire grogner un autre que le schtroumpf qui a bien voulu se charger de cette ingrate mais sans doute indispensable fonction...

Luc Bentz (17/11/1999). — Pour le Robert historique de la langue française, agenda (qu’on trouve comme subdivision de l’article « agent ») est emprunté (1535) à une forme du verbe agere (=agir) signifiant « ce qu’il faut faire », d’où en latin médiéval, office (cérémonie) par l’expression agenda dei (registre des offices du jour). Agenda a été d’abord employé comme « livre de comptes municipal » (!) (1535), puis a pris en français le sens de livre sur lequel on note les choses à faire (dès 1640).

L’agenda, dans le sens courant du mot aujourd’hui, désigne un carnet dans lequel on note les choses à faire, à voir en fonction de leur date, et plus spécialement les rendez-vous et les réunions où l’on parlera de choses et d’autres... ou d’affaires. Le sens anglo-saxon s’est étendu à l’ordre du jour, mais on en revient à la notion de liste des choses à faire... non plus de l’office au sens religieux du terme, mais de l’emploi... du temps... pour un objet précis.

Il y a métonymie et, d’une certaine manière, retour à l’étymologie ( agenda = les questions dont on traitera, sur lesquelles il faudra décider... pour agir). On peut déplorer la reprise « telle quelle » d’agenda dans des dépêches d’agence mal traduites (le cas échéant, à partir de communiqués de presse mal traduits au départ)... plus qu’un glissement de sens... qui a le sien (de sens !).

Complément

Agenda sur Wikipédia.

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