À priori, à postériori :
accent ou pas accent ?

Les locutions à priori et à postériori sont entrées dans l’usage courant :

  • ou bien on considère qu’elles restent des expressions latines, et on les écrit en italique (a priori, a posteriori, a fortiori) ou entre guillemets : « a priori », « a posteriori », « a fortiori » ;
  • ou bien on considère qu’il s’agit d’expressions francisées, et dans ce cas on les écrit en romain (droit)... quitte à considérer — comme nous — que la francisation implique l’attribution de ces signes d’identité que sont les accents.

Malheureuses locutions qu’à priori et à postériori. On a parfois du mal à les trouver dans les dictionnaires : celui-ci va les classer dans les a, tandis que celui-là les classera dans les p en plaçant le plus souvent le a entre parenthèses après la vedette.

Il en va de même pour leur traitement graphique (typographique). Le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale classe résolument a priori parmi les expressions latines ou étrangères qu’il convient de mettre en italique. Mais il précise (article « Locutions latines », p. 104-105) :

« On rencontrera parfois francisées et composées en romain, mais avec l’orthographe suivante, les expressions : à fortiori, à posteriori, à priori. »

Étienne Wolff, dans les Mots latins du français [1] écrit dans son propos liminaire (p. 5) :

« Dernier point : la graphie des mots latins en français est flottante (pour l’accentuation, les éventuels trait d’union et majuscule, la marque du pluriel). Tantôt on leur met des accents, tantôt non (rappelons qu’ils sont ignorés du latin). C’est pis encore avec les locutions : parfois senties comme étrangères, elles sont alors gratifiées d’italiques, voire de guillemets ; dans d’autres passages, elles n’en ont pas. Certes, il s’agit là d’indiquer la plus ou moins grande francisation d’un mot ; mais la variation, d’un dictionnaire à l’autre ou d’une édition à l’autre, est trop grande pour que l’on puisse aboutir à des conclusions significatives. »

L’hésitation est perceptible, comme on peut le voir avec un même auteur (Georges Simenon) et un même éditeur (les Presses de la cité).

  • Côté « francisation », Maigret et les vieillards (1960-1973, p. 94) :
  • Côté latinitas, Maigret a peur (1955-1966, p. 52) :

D’emblée, précisons que l’absence d’accent dans à priori est d’ailleurs un usage moderne. L’Académie française a écrit à priori avec l’accent depuis l’entrée de l’expression dans la 6e édition de son Dictionnaire de la 6e édition (1832). Cette graphie était encore celle de la 8e édition (1932-1935). L’Académie n’y a renoncé qu’en 1986, lors de la préparation de la 9e édition (en cours [2]). La graphie accentuée était également celle que Littré avait mentionnée.

 Quand on peut y perdre son latin...

Le latin ne connaissait pas les accents. Pourtant, sur le modèle des esprits employés dans la langue grecque, ils ont été utilisés par les imprimeurs de la Renaissance pour marquer les voyelles longues ou brèves. Et ce sont ces mêmes signes qui ont servi à leur tour de modèles pour nos accents [3].

Le latin dont sont issus à priori et à postériori est un latin un peu particulier. Ce n’est pas le latin classique de Cicéron ou de César, c’est du latin scolastique (médiéval) : un latin scolaire et universitaire aux formules développées, notamment, pour les joutes théologiques [4].

Dictionnaire de l'Académie (1832-1835)De fait, les dictionnaires étymologiques ou historiques concordent : la première attestation de la formule à priori dans un texte « en français » est mentionnée en 1626 (par Étienne Wolff, déjà cité, mais aussi par le Larousse étymologique et historique du français de Dauzat, Dubois, Mitterand et le Dictionnaire historique de la langue française, éd. Le Robert, sous la direction d’Alain Rey). Cela explique l’entrée tardive (1832) d’à priori dans le Dictionnaire de l’Académie française.

Tardif aussi ce latin qui donne priori ou posteriori quand le latin classique forme l’ablatif en e  [5]. Le Petit Larousse 1927 (qui met l’accent grave sur le à) écrit qu’était sous-entendu, dans les deux expressions qui nous intéressent : ratione quam experientia, donc, suivant le cas, avant (a priori) ou après (a posteriori) expérience.

Dans le forum Usenet fr.lettres.langues-anciennes.latin, « Notus » écrivait le 17 août 2002 que la tendance à utiliser la déclinaison en i pour les adjectifs de la classe de prior (ou posterior) semblait remonter au IIe siècle après J.-C., ce que confirme l’article consacré à à postériori du Trésor de la langue française informatisé :

« La forme attendue serait a posteriore ; posteriori peut s’expliquer par le fait qu’à basse époque (surtout en lat[in] mérov[ingien]) les graphies i pour e et u pour o sont assez fréq. (cf. V. VÄÄNÄNEN, Introduction au lat. vulg., Paris, 1963, § 54). »

Dans un courrier qu’il nous a adressé peu après la mise en ligne initiale de cet article et qu’il nous a autorisé à citer, « Notus » nous précisait :

« CHARISIUS, Ars Grammatica, p. 175, 25 Keil : Maiore, ab hoc maiore si hominis sit proprium nomen ; maiori de re vel negotio. atqui ferunt quaecumque comparativi gradus sunt ablativo i finiri non posse. (Maiore : ablatif maiore s’il s’agit d’un nom propre, maiori s’il s’agit d’une épithète. Et pourtant on dit qu’aucun comparatif ne peut se terminer par i à l’ablatif.)

« Charisius est un grammairien du IVe siècle après J.-C. On voit que pour lui l’ablatif de maior est maiori. Sa dernière phrase montre qu’il a consulté des grammairiens antérieurs fidèles à la forme classique en -e. Cette notice de Charisius reflète le passage de maiore à maiori.

« On trouve également minori et maiori dans l’Édit du maximum, inscription datant de Dioclétien (fin du IIIe siècle après J.-C.).

CALIGULA, habitué du même forum, avait écrit le 21 octobre 2000 dans le forum « fr.lettres.langue.francaise » :

« En vrai latin il faut écrire a priore ratione. A priori et a posteriori ne sont pas du latin, donc les franciser une bonne fois en à priori et à postériori n’est pas plus sacrilège. »

 L’accent académique contesté par Littré

L’accent employé par l’Académie dans l’édition de 1832-1835 était contesté par Littré qui formule ainsi l’article posteriori (à) de son Dictionnaire de la langue française (1872-1876) :

« POSTÉRIORI (à) (po-sté-ri-o-ri), adv. — Terme de logique. De ce qui suit, de ce qui est postérieur. Raisonner à postériori, argumenter d’après les conséquences nécessaires d’une proposition. La méthode à postériori, la méthode expérimentale, par opposition à la méthode à priori. Substantivement. L’à postériori, la méthode expérimentale.

« REMARQUE :

  1. L’Académie ne devrait pas mettre un accent grave sur a ; car c’est non pas la préposition française à, mais la préposition latine a, ab.
  2. Au mot postériori, l’Académie met un accent aigu ; mais à la lettre p, elle écrit posteriori sans accent.

Littré tenait donc pour la locution latine (de même qu’on trouvera, par exemple, ibidem dans son Dictionnaire). Il avait raison sur un point : l’accent grave (et académique) sur le a ne correspondait pas à une francisation, mais à une manière de transcrire la graphie latine.

J’ai cherché vainement une entrée d’index sur à/a priori dans la 11e édition du Bon Usage de 1980 (la dernière signée du seul Maurice Grevisse) : rien. Il faut aller dans les locutions latines au chapitre sur les adverbes pour trouver a priori, a posteriori, a fortiori sans accents et en italique (alors que ses autres listes sont en romain) au § 2023, p. 995, « adverbes venus du latin ». Or, une entrée spécifique d’index figure bien dans la 13e édition (le Bon Usage, 13e édition, 1993, § 103, b, p. 127) — et, avant elle, la 12e (1990), l’éditeur de l’une et l’autre étant André Goosse après le décès de Grevisse. Elle indique :

« Remarque. — L’Académie a renoncé en 1986 à mettre un accent grave sur la préposition latine a dans les expressions empruntées du latin a priori, a posteriori, a minima. Les autres dictionnaires du XXe siècle, comme la plupart des auteurs, avaient déjà abandonné cet accent. (Dans à quia, on a la préposition française.)

« Hist. — En écrivant à priori avec accent, l’Académie ne faisait que perpétuer le procédé suivi jadis dans les textes latins jusqu’au XIXe siècle : Urbem Romam À principio Reges habuere (TACITE, cité par Vaugelas, p. 104).— En 1935, l’Académie avait remplacé à latere par a latere. »

L’abandon tardif de l’Académie (pour la 9e édition [1992] du Dictionnaire) était logique. Que n’a-t-elle suivi Littré pour la 8e édition [1932-1935] si c’était trop tard pour la 7e [1878] ?

 Variations...

On a renoncé à l’accent antérieurement utilisé pour les transcriptions de graphies latines alors même que la latinité de ces locutions est toute relative (et son emploi dans des textes français toute récente). Du traitement typographique, l’Académie ne parle pas, non plus que le Petit Robert, le Petit Larousse ou le Dictionnaire Hachette. Les dictionnaires « classiques » évoquent peu ces questions-là, il est vrai.

Les choses s’avèrent plus complexes dans les ouvrages normatifs (dictionnaires de difficultés du français). En matière orthographique notamment, ils penchent plutôt du côté des puristes. Mais quel embarras dans le traitement d’à priori et des locutions sœurs !

Jean Girodet n’a pas d’états d’âme : pas d’indication particulière, pas d’accent. Encore précise-t-il (sans juger ni commenter) :

« Souvent écrit en italique dans un texte en romain, en romain dans un texte en italique ».

Second témoin, Joseph Hanse :

« Renoncer à l’accent sur a : l’usage et les dictionnaires s’en dispensent couramment [...]. Il est inutile aussi d’écrire a priori, etc. entre guillemets [6]. »

Passons à Jean-Paul Colin. La vedette [7] est mise d’emblée entre guillemets et il écrit :

« Sous la forme latine, s’imprime en italique. »

La présentation des exemples respecte bien la règle (les exemples étant en italique, il écrit a priori en romain).

Voudrions-nous, en désespoir de cause dans cette cacophonie, recueillir l’avis du sévère Adolphe Thomas qui fut chef correcteur des dictionnaires Larousse [8] ? Que nenni ! Aucune mention de ce qui, pour lui, était sans nul doute une locution purement latine, devant être typographiquement parlant être traitée comme toute locution latine ou étrangère.

Qui nous reste-t-il ? André Jouette. Dans son Dictionnaire d’orthographe et d’expression écrite, il écrit a priori (sans accent), mais fait précéder l’entrée de l’astérisque qui, chez lui, marque une locution latine ou étrangère. Et il renvoie vers un encadré consacré au latin (« Latin », § c, p.&nbps;381) où il précise :

« Nous employons dans le français actuel beaucoup de locutions latines sans accent. Les plus courantes sont [...] Il y a actuellement une tendance à franciser les expressions a priori, a posteriori, a fortiori en mettant l’accent grave au a et l’accent aigu au e. Les locutions latines employées en français doivent être écrites entre guillemets ou en italique [9]. »

Le principe de réalité l’amène à prendre acte de la tendance à la francisation quand Colin en reste au sous-entendu.

Veut-on élargir les références ? Le Grand Robert (première édition) écrit a priori sans accent... mais on y décèle, contre les usages des autres lexicographes, une mention du nom a-priori avec un trait d’union (chez Le Clézio, dans la Fièvre.

Le Grand Larousse de la langue française (1971) écrit « a priori » sans accent, mais avec des guillemets eux-mêmes répétés dans les exemples.

Quant au Quillet-Flammarion [10], il écrit « à priori » et « à posteriori » (à accentué, posteriori sans accent), en mentionnant la provenance (latin scolastique) et le sens originel (d’après un raisonnement antérieur/postérieur à l’expérience).

 Une francisation raisonnée

Il est peu de cas où il y ait autant de déchirures. Elles sont d’ailleurs logiques. Ce qui ne fut d’abord qu’une expression pour débat philosophique (et même plus spécifiquement théologique) ou scientifique est passé peu à peu dans la langue courante, d’abord comme une locution adverbiale, mais aussi avec des dérivés (apriorisme et compagnie) depuis plus d’un siècle. Son emploi est devenu fréquent, banal même. Sans doute parce qu’à priori a un petit air de ressemblance avec à première vue.

Flottements de la transcription latine, traitement typographique sur lequel on n’est pas d’accord, présentation des vedettes flottante, perte de lien avec le latin (mais de surcroît, ce n’est pas du latin classique), tout était réuni pour plonger celui qui veut aller au fond des choses sur ces expressions dans un abîme de perplexité.

En 1935, l’Académie écrivait sans accent referendum et criterium : ces mots ont aujourd’hui été francisés. Quand on les emploie, il n’y a plus, dans la plupart des esprits de relation avec le latin.

Le problème est qu’une locution comme à priori était le plus souvent, dans les textes de la première moitié du siècle, imprimée en italique (accent ou pas). Or cette locution s’est banalisée [11]. De moins en moins distinguée visuellement par une mise en italique (ou dans un texte en italique, par une composition en romain). Son caractère courant explique que, dans l’écriture manuscrite, les guillemets distanciateurs aient été abandonnés. Pourtant, alors que personne n’aurait l’idée d’écrire géranium (sans accent), à priori et à postériori posent un problème parce qu’il s’agit d’ensembles de mots.

Il n’y a dès lors que deux possibilités :

  • Ou bien l’on considère que l’on a affaire à des expressions latines qu’il y a lieu de mettre en italique... et sans accents (puisqu’on a renoncé à cette manière de transcrire par écrit le latin) ;
  • ou bien l’on considère qu’il s’agit d’expressions devenues bien françaises.

Si l’on opte pour l’absence d’italique [12], revenons à ce qu’était la logique de l’Académie en 1694, et même, sur ce point le Thresor de Jean Nicot (1606) : le a sans accent est réservé au verbe avoir... et l’accent grave sur le a intervient pour distinguer ses homophones grammaticaux. Peu importe que le à corresponde au ad (origine de notre à) ou ab latin : c’est la classe grammaticale, celle des prépositions, qui importe.

Les usages restent variables. Le tome I des Problèmes de langage de Maurice Grevisse (Duculot, 1961) commence ainsi :

« CONSIDÉRATIONS SUR L’USAGE

« Bien des gens aiment à disputer sur des questions de langage et, l’amour-propre intervenant, la discussion quelquefois tourne un peu à la querelle. On s’échauffe, on cherche des arguments, on fait entrer de force les expressions dans des cadres établis à priori, on se retranche dans la logique, on invoque des autorités. Sur quoi faut-il donc se fonder pour décider si telle façon de dire est « correcte » ou si elle ne l’est pas ? »

J’ai respecté la graphie de Grevisse. Son à priori comporte l’accent et n’est pas, comme d’autres locutions latines qu’il emploie, en italique. Respect de la graphie académique de la dernière édition du Dictionnaire connue (1932-1935) ? Sans aucun doute. Mais elle ne choque pas.

Ne choquent pas non plus, malgré les prétentions des dictionnaires au « a priori » en romain sans accent [les guillemets ont ici un simple usage de mise en relief de l’expression], les emplois en italique qu’on peut relever assez fréquemment, notamment dans la littérature savante.

Luc Bentz
(2002-2008)

 Annexe 1 : les dérivés d’à priori

Le Robert historique de la langue française mentionne les dérivés apriorisme (1872), aprioriste (1879), aprioristique (1874) et même, au milieu du XIXe siècle, apriorique chez Proudhon. Il mentionne que à priori est attesté comme nom en 1845.

La IXe édition du Dictionnaire de l’Académie (1992) écrit a priori, que ce soit comme locution adverbiale ou comme nom (un a priori, des a priori). Elle fait la soudure pour apriorisme qui ne figure pas dans le Petit Robert (éd. 1993) ; en revanche, il mentionne (avec la soudure) aprioriste et apriorique. L’Académie renvoie en annexe à son dictionnaire la proposition de 1990 du Conseil supérieur de la langue française (Rectifications orthographiques) pour un apriori, des aprioris, avec soudure et pluriel normalisé.

Il serait plus logique d’écrire, avec trait d’union, un à-priori, malgré la graphie apriorisme, apriorique et aprioriste, dont la construction est cohérente — y compris l’absence d’accent grave sur un a initial. Un a priori, voir l’apriori proposé dans les rectifications orthographiques de 1990 sont moins agréables à la vue.

Il existe des mots composés sans trait d’union (ne faites pas une peine rétrospective à ce bon Parmentier en oubliant pomme de terre) et l’on écrit généralement (sauf Le Clézio, cité précédemment par le Grand Robert, comme on l’a vu) un a priori (donc un à priori pourrait passer... sans valoir à nos yeux un à-priori). À défaut, la soudure présente l’avantage de la cohérence pour toute la famille des substantifs dérivés : un apriori, un apriorisme, etc.

Voir aussi l’annexe 2.

 Annexe 2 : un point de vue de Jean-Pierre Lacroux

Sur la mise en italique de a priori préconisée par le Lexique des règles typographiques de l’Imprimerie nationale, Jean-Pierre :

« Sur ce point, l’hyène [NDÉ : L’Imprimerie nationale. Jeu de mot sur les initiales I.N.] est à côté de ses pompes et fait preuve d’une rigidité à la fois excessive et... approximative. Observez ses deux listes. Elles associent deux critères de natures très différentes et dont un seul est explicite. Conséquence : le bordel... »La seconde (romain) regroupe des expressions latines passées dans le langage courant et ne compte que des substantifs, mais des substantifs dont le degré de francisation est loin d’être identique. Personne ne s’amusera à composer référendum, visa ou minus en ital[ique]... mais minus habens ? Quant à l’entrée de exequatur dans le langage courant...

« La première (italique) regrouperait des locutions latines non francisées. Soit, mais... en français, elle regroupe des locutions (ad hoc, in extenso) ET, surprise, deux substantifs (modus vivendi, statu quo)... Ce qui nous amène à a priori (qui est à la fois une locution et un substantif) et au Conseil supérieur de la française [13] langue... qui s’est bien gardé d’aborder le problème, se contentant lâchement, piteusement de proposer une rectification du substantif (un apriori), pour le reste démerdez-vous... »État des lieux... Sont indiscutablement corrects : a priori, un a priori (en ital[ique] OU en romain [14], les deux sont défendables...) Devrait être admis comme correct : à priori (en romain)*... Mais que devient le substantif ? À la rigueur (Cons. sup...), mais autant oublier : un apriori (en romain... mais que devient la locution ?)

« Dans le Banc d’essai [15], nous avons droit à un apriori et à à postériori... »Il serait si simple de former un beau couple (en romain), à priori, un à-priori, sur le modèle de à propos, un à-propos ; à peu près, un à-peu-près ; à pic, un à-pic.

« Hélas, le trait d’union n’est pas en odeur de sainteté chez les rectificateurs phobiques, dont l’une des manies me semble être la démotivation du lexique. On me dira... que deviendraient apriorisme et les très utiles (pour ceux qui renoncent aux beautés des locutions adjectives...) apriorique et aprioriste ? Facile : à-priorisme, etc. Facile, mais, à vue de nez, pas pour demain... »

* Le 20 octobre il écrivait dans une réponse à Bernard Lombart qui évoquait ab absurdo :

« Il serait encore plus facile de le faire tomber avec un raisonnement a contrario... car ici la pose subreptice d’un accent grave serait grotesque, contresensique, n’ayons pas peur des mots, crapuleuse... Mais faut-il le faire tomber ? A contrario est une locution dont l’emploi justifié — oublions ceux qui en font un synonyme chicos de au contraire... — est rare, spécialisé, quasi jargonnesque, et dont le caractère « latin » ou, au minimum, « non français pur sucre » est une évidence pour tous ceux (ou presque...) qui l’emploient, le lisent ou l’entendent.

« Ce n’est évidemment pas le cas de a priori, qui est une locution et un substantif très couramment employés en français. Pour la plupart des locuteurs d’aujourd’hui, a priori... c’est « du français » (ils ont raison), certainement pas « du latin » (ils se gourent, mais, franchement, quelle importance ?). Pour eux, le sens est évident, ici, a = à, comme dans à l’avance, et ça fonctionne très bien, en français... Dire qu’ils font un contresens n’aurait dès lors guère de sens. »

P.-S.

Création 2002, révision 2008.

Notes

[1WOLFF (Étienne), les Mots latins du français, Belin, collection « le français retrouvé », Paris, 1993

[2Deux tomes sur trois ont déjà paru, le premier en 1992.

[3L’accent circonflexe a conservé parfois ce rôle de marque d’une syllabe longue. C’est ainsi que aage, écrit ainsi dans les dictionnaires de Robert Estienne (1549) à Richelet (1680) est devenu âge en 1694, comme le rappelle le Dictionnaire historique de l’orthographe française.

[4On ne saurait oublier que, jusqu’à la fin du Moyen Âge, le latin était la langue de l’enseignement — et pas seulement l’enseignement d’une langue.

[5A, ab devant voyelle, est la la préposition latine correspondant à la préposition française de marquant l’indication de provenance. Le nom qui suit doit être à l’ablatif : a priore, a posteriore. La préposition latine a (ab devant une voyelle), qui indique l’origine, régit l’ablatif, et l’ablatif régulier de prior est priore.

[6NDÉ. — Ou en italique, puisqu’il s’agit bien ici, de renoncer à l’idée de distinction graphique.

[7Entrée du mot dans l’ouvrage

[8Dictionnaire des difficultés de la langue française, Larousse, « Références », Paris, 1971-1997. C’est le prédécesseur de l’actuel « Péchoin-Dauphin »

[9C’est nous qui soulignons.

[10Dictionnaire Quillet-Flammarion, sous la dir. de Pierre Gioan, Paris, 1956-1960)

[11Au point qu’il n’y a plus de relation avec la notion philosophique ou rhétorique d’expérience.

[12Le « romain », caractère droit, marque paradoxalement l’abandon de la latinité.

[13Référence aux rectifications orthographiques du 6 décembre 1990.

[14Caractère « droit »

[15REY-DEBOVE (Josette) et LE BEAU-BENSA (Béatrice), La réforme de l’orthographe au banc d’essai du Robert, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1991, 80 pages, ISBN, 2-85036-133-X. Une étude critique, mesure par mesure, des rectifications de 1990 et la liste des mots rectifiés.

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